lundi, 10 août 2009
L'ail dans le poulet
- Arrête mh, il y en a assez !
- Non il n'y en a jamais assez.
- Je ne le mangerais pas ton poulet. Je n'ai jamais vu qu'on mettait tant d'ail dans ces pauvres bêtes !
- Écoute Jorgue on ne s'embrassera pas sur la bouche avant le millénaire prochain. Qu'est-ce qu'on risque ?
Jorgue secoue la tête et lève les yeux au ciel. Il est vêtu d'un vieux jean un peu lâche et d'un gros pull bleu marine qui bouloche. Sur lui, c'est un ensemble plutôt réussi, surtout que, pas rasé, il porte un air d'avoir garé son bateau devant l'immeuble, juste pour éplucher la tonne d'ail que je fourre dans le poulet.
- Je ne comprendrais jamais rien aux femmes, lâche Jorgue le petit couteau pointu à la main.
Je vais faire revenir les patates dans la graisse de confit et je mettrais de l'ail dans les patates. Un grand-bonhomme dans ma minuscule cuisine, me transformera toujours en succédané de cuisinière.
- Tu as un rendez-vous cet après-midi ?
- Oui... Non.
Il y a aussi le gâteau au chocolat, qu'il n'a pas vu.
- Tu rêves ?
- Non je réfléchis.
- J'aimerais te poser quelques questions sur les femmes. Tu es dans la place toi.
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jeudi, 04 juin 2009
Jorgue en piège à fille.
Jorgue est toujours aussi beau. Il sent bon, on dirait qu'il vient tout juste de se rouler dans un champ de lavande.
Il vieillit comme Sean Connery....
J'imaginais dans mon for intérieur qu'il garderait sur le corps un zeste de ses dépravations passées mais que nenni. Il revient me voir. Envoyée par je ne sais quel organisateur omniscient de tentations perverses.
La vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue si l'on ne vous mettait pas de temps à autre sous le nez des gourmandises auxquelles, vous devez dire Non, NIET, je ne mange pas de ce pain là MOI monsieur !
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mardi, 20 janvier 2009
mh et la crise.
- Jorgue, et si je n’ai plus de travail ?
Jorgue a repris ses petites habitudes. Il gare son vélo dans l’entrée de l’immeuble où je vis aujourd'hui à quelques centaines de mètres du précédent.
Le C et T, ne veut pas m’avouer qu’il ne voit pas d’un très bon œil la réapparition de cette gravure de mode dans mon paysage, il râle :
- Tu lui diras qu’on ne doit rien mettre dans les parties communes de l’immeuble. Ni trottinette ni vélo, rien.
Bref. Je n’ai pas vérifié, mais je suis sûre que Jorgue l’a quand même garé en bas.
- Si tu n’as plus de travail ? Tu t’inscris aux Assedics enfin le nouveau nom que ça a maintenant.
- Le pôle emploi, je me suis renseignée. Mais s’il y a tellement de chômeurs qu’ils ne payent plus rien, ou bien, si l’argent ne valait plus rien, comment je ferais pour nourrir ma fille ?
- Je ne sais pas. Tu retournerais chez ta mère, ou chez celle du C et T
- Ah oui, c’est ça que tu penses toi aussi la campagne.
- Si c’est histoire de « nourrir » ta fille, il y a plus de tomates dans le jardin de ton père que dans le parc Montsouris.
- Oui mais le chauffage ? S’il n’y a plus de pétrole ?
- Tout en même temps ? Le chauffage, la nourriture ?
- Oui et aussi, comment je trouverais de la viande, des vêtements. Et si Internet ne fonctionnait plus !!!
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lundi, 19 janvier 2009
Le retour de Jorgue.
Tandis que le « c et t » gagne son pain à la sueur de son front, j’ai invité Jorgue à un déjeuner des plus frugal : Les restes du bourguignon d’hier soir, un roquefort à tomber et du pain fait de mes blanches mains, vaguement aidée pour le pétrissage, par la machine à pain.
- On se voit en cachette ?
- Non, je n’ai pas dis que tu venais c’est tout.
- Il est bizarre ton mec.
- … Paraît qu’on a les hommes qu’on mérite.
J’enlève le couvercle de la cocotte en fonte. Le fumet du bourguignon qui a cuit tout doucement trois heures, envahit la pièce.
- Je crois qu’on va se régaler, dit Jorgue.
- Merci. Et toi tes femmes ?
- Quoi mes femmes, je suis amoureux depuis 4 ans ? Tu as oublié ?
- Non.
J’ai servi Jorgue. J’ai installé les assiettes sur la table basse du salon. J’ai l’impression de pique-niquer en douce. Ça m’agace.
- C’est bon mh,
- C’est drôle de se revoir après tant de temps. Tu as un peu grossi.
- Eh ! Toi aussi.
- Oui mais toi, ça te va bien.
Jorgue hausse les épaules.
- Je vais vivre avec elle.
- Il t’a fallu trois ans pour te décider ?
- Pas moi mh, elle. Il lui a fallu trois ans pour se décider.
- …
- C’est bizarre non ?
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mercredi, 19 novembre 2008
Le nombril de Jorgue
- Booooooooorgue !
- Ne crie pas mh.
- Bu beux b'abener le bhé ?
Jorgue farfouille dans la cuisine. Engoncée dans le canapé, je sens une migraine féroce fondre sur moi. Trêve de coquetterie, je me mouche bruyamment pour tenter de dégager mon nez et miracle, j'y parviens... J'entends l'eau bouillir.
- Jorgue, l'eau bouillie ce n'est plus de l'eau, dis-je dans un soupir de dame au camélia à Jorgue qui vient poser le petit plateau orange sur le trépied contre les livres.
- Tu vas boire ton thé, avaler tes médicaments et te taire mh ! Gronde Jorgue avec sa fausse voix en colère.
Il s'est trompé. Il a posé le mug en porcelaine avec de grosses fleurs violettes sur le plateau orange. MON mug, c'est celui avec les dessins de roses anciennes. Il vient ici tous les deux jours et il ne voit même pas ce que j'aime.
Je trempe mes lèvres dans ce que Jorgue appelle du thé.
- Berkkeupeu ! T'as mis du sucre ! Tu ne le sais pas encore que je ne prends JAMAIS de sucre !
- Tu m'ennuies mh ...
- Je suis malaaaade, et t'es même pas capable d'être un petit peu attentionné !
- mh...
- T'as pas rendez-vous avec une de tes créatures ce soir ? Tu te forces à rester ici avec moi et dans ton espèce de tête tu penses que tu serais beaucoup mieux à tripoter ta créature. A te rendre complètement ridicule devant une fille qui porte des escarpins neufs. D'ailleurs D'AILLEURS je suis sure qu'elles ne sont même pas foutues d'apprécier le foie gras que je te ramène. TES créatures
- Tu le bois ton thé ? Il est bouillant. Tu vas le renverser sur l'étole et tu vas te brûler.
- JE FAIS CE QUE JE BEUX AVEC BON BHÉ !
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lundi, 04 juillet 2005
Parleuses
- Ce que les hommes ne comprennent pas c'est cette peur, me disait Lalo brusquement sérieuse entre deux fous rires.
- Alors la vie ?
- Cachets contre la déprime, régime contre la graisse, et peinture pour l'amour de l'art.
- Je ne te parle pas…
- Des hommes ? Des enfants ? Non. Je suis de la " génération perdue ".
- Lalo, arrêtes !
- Tu t'es goinfré de chocolat t'a explosé ton compte ? Racontes.
- 2 pantalons 4 tee-shirt, babioles, chaussures, bouquins…euh c'est tout. Mais des prix TRÈS raisonnables. Et toi ?
- 3 parfums, quelques DVD d'opéras, cd, j'attends la fin du régime pour le reste.
- Ma mère dirait : " Qu'est-ce qu'il vous restera pour la retraite ? "
- L'arsenic.
- Où est-ce que tu crois qu'elle est l'île ?
- Quelle île ?
- L'île de ta voyante, celle où elle avait prédit qu'on irait toutes les deux.
- C'est l'île du téléphone ma cocotte. Et Jorgue ?
- Il fait gravure de mode avec une créature.
- mh, Jorgue fera toujours sa gravure de mode, c'est tout ce que tu peux en attendre. Ça ne l'empêche pas d'être extrêmement comestible…
- Tsss !
- Et l'autre
- Quel autre ?
- Maintenant c'est : " quel autre " ?
- J'ai reçu plein de fleurs très jolies.
- Tu vois !
- Les fleurs, quand le type qui va avec compte les kangourous aux antipodes, tu m'expliques les trucs exotiques que tu peux en faire ?
- Tu as des visions pour l'avenir ?
- Eh ?
- Des projets quoi.
- Je me verrais bien vider la demi-bouteille de rhum dans un cake.
- Déconne pas, je fais régime.
- Au bout d'un téléphone on ne grossit pas
- Après-demain c'est fête : je monte à Paris, on danse jusqu'à ce qu'on tombe.
- Vrai ?
- Oui parfaitement.
- Bon le rhum vieux , je réfléchi avant de le mettre dans le cake.
mh,
Se faire belle est un rituel sérieux. L'étoffe n'est pas un simple tissu, c'est une matière de chose. C'est à cette étoffe qu'avec mon corps je donne corps. Ah, comme un simple morceau de tissu peut-il acquérir tant de vie ? Mes cheveux aujourd'hui lavés et séchés au soleil de ma terrasse, sont en soie la plus ancienne. Belle ? Pas le moins du monde, mais femme. Mon secret que tout le monde ignore, y compris mon miroir : femme.
…..
" La découverte du monde " Clarice Lispector
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vendredi, 24 juin 2005
Le cru et la pluie
- Lâche moi mh, je ne vais pas m'envoler !
- Tu marches trop vite.
Il pleut. Si j'avais écouté Jorgue nous aurions pris le bus ou un métro ou pire un taxi.
- T'es trop grand Jorgue. Il ne m'abrite pas du tout ton parapluie.
- Prends-le.
- Si je le prends je vais t'éborgner ; tu seras de mauvaise humeur.
Jorgue soupire. Nous remontons Port-Royal. Passant devant la Closerie des Lilas et sous le parasol-pluie du voiturier, nous poursuivons notre chemin sur les larges trottoirs du boulevard Montparnasse. Je m'arrête devant chaque rares vitrines. Jorgue s'éloigne des magasins avec son parapluie histoire de m'entraîner dans son sillage.
- mh, on va être en retard.
- Tu crois que c'est une bonne idée ?
- C'est une excellente idée.
- Je peux te faire confiance alors ?
Mon bras sous celui de Jorgue. Je me serre contre mon ami. J'ai l'air de traverser une jungle profonde en talons aiguilles, au bras d'un Tarzan m'abritant sous un minuscule parapluie bleu.
- Qu'est-ce qu'il t'a dis ?
- Que ton écriture est chaude, sensuelle, intime qu'elle lui plait beaucoup. Qu'il aimerait te rencontrer pour discuter d'un projet avec toi.
- J'aime pas ça j'aime pas ça j'aime pas ça.
- Ça suffit le coup des vitrines ! mh, quand on te fait des compliments tu disparais, quand on ne t'en fait pas tu râles. Qu'est-ce que tu veux ?
- Arrêtes de me poser des questions idiotes.
Je me détache tout soudain de lui revenant sur mes pas. Jorgue me rattrape et à son tour me tient le bras serré.
- Ce type tu vas le voir et tu lui dis oui ! À tout ce qu'il te dit tu dis OUI, t'entends !
- D'abord je ne le connais pas. T'as qu'à être mon agent. T'as qu'à me dire ce qu'il veut TOI !
- Je sais ce qu'il veut. Dépêche-toi. Ne fais pas l'idiote, t'es fauchée, tu aimes écrire.
À l'allure ou Jorgue a raison, j'ai l'impression d'avoir tout le temps tort...
Nous progressons vers le fatal café Lounge où j'ai rendez-vous avec un inconnu. Jorgue se tait comme moi. J'aime marcher sur ce boulevard. Sous la pluie aussi. Avec Jorgue aussi.
- Il veut quelque chose de précis.
- Oui ?
- Il veut que tu écrives des textes pour lui. Des textes… Enfin je ne sais pas si tu sauras faire, c'est pour ça que tu dois le rencontrer.
- Quoi comme textes. Tu m'as dis des petites histoires.
- Oui de petites histoires. Tu sais Anaïs Nin…
- Tu aimes Anaïs Nin ?
- Je ne t'ai pas dit que j'aimais, je t'ai dis que…Anaïs Nin en écrivait aussi des petites histoires comme ça.
- Elle écrivait son journal Anaïs… J'écris pas mon journal du tout !
- On arrive c'est là, l'auvent blanc
- T'as qu'à te cacher derrière le parapluie et tu me dis qui c'est, je veux voir ça tête.
- Commence pas mh !
Jorgue s'arrête juste avant le café, il se retourne vers moi et me regarde dans les yeux.
- Ce type veut que tu lui écrives des histoires… crues.
- Il veut publier mes histoires si ce sont des histoires crues ?
- Oui.
- Il va me payer ?
- Si ce que tu écris lui plait.
- Pourquoi tu me le dis là maintenant ?
- J'avais peur que tu ne veuilles pas le voir.
- Parfaitement je veux le voir. Il est où ? Approche, t'as qu'à rester derrière le parapluie.
- Le grand maigre avec un chapeau, il vient de s'asseoir.
- POUARGGGGGGGGGGGG ! Ce type là veut que je lui écrive des histoires crues ??? Je pourrais jamais écrire des histoires crues en imaginant que le bonhomme sous le chapeau va les lire.
- Il faudrait qu'il soit comment pour que tu puisses les écrire ?
- Pas comme le bonhomme maigre. D'ailleurs je préfère ne pas imaginer la tête des gens qui lisent mes histoires.
- Je les lis bien moi.
- Oui mais tu ne me payes pas pour écrire des histoires crues.
- Si je te le demandais ?
- Jorgue, c'est pas drôle... Et puis je n'en veux pas de ce rendez-vous.
Mon ami se détache de moi. Il avance vers la porte du café. Il plie le petit parapluie et le glisse tout mouillé sous son bras.
Je reviens vers Port-Royal. Devant la Closerie j'hésite à peine avant de tourner à gauche. Je longe l'institut d'art. Je passe le grand portail vert du Luxembourg. Je ne croise personne.
Mes cheveux sont mouillés. Je tire une chaise sous un arbre. Je passe ma main sur l'assise pour en chasser l'eau. Je m'assieds sur le rebord. Je lève la tête.
J'imagine que je suis transparente, que je tombe goutte à goutte sur les arbres.
mh,
A lire "Paris est une fête" Ernest Hemingway.
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mardi, 31 mai 2005
Beau temps l'hiver.
L'air est glacé dehors et le mug de thé dans ma main, brûlant. Un beau soleil sur Paris et un ciel bleu sans fin au-dessus des immeubles.
Ivanhoé ronronne. C'est tout ce que j'entends avec le bruit de quelques voitures sur le boulevard et le frottement de mes pieds nus sur le plastique noir de ma nouvelle chaise de bureau. Je crois que contrairement à ma première impression d'après fête j'ai grossi. Je croque un énième carré de chocolat pour me consoler. Comme disait Anaïs Nin à la fin de sa vie : le bonheur est dans les petites choses.
À l'autre bout de la ville une amie vient de finir ses deux heures de gym et me raconte qu'elle fait mieux que ma douche écossaise du matin elle se douche intégralement du début à la fin et tous les jours que Dieu fait (si Dieu à quelque chose à voir avec la création des jours) à l'eau froide. Je la félicite de son courage et l'idée de la peine qu'elle s'inflige hérissent les poils de mes avant-bras.
Hier, j'ai bricolé un pêle-mêle des photos d'humains que j'aime. Après avoir allumé une bougie qui sentait le pain d'épice, je me suis installée dans mon canapé, un plaid sur les jambes pour lire un policier. Le texte ne me captivait pas. J'ai levé la tête. Je me suis demandée où j'allais caser les piles de livres qui s'étaient reformée entre le divan et le gros fauteuil. J'ai laissé errer mon regard d'un coté à l'autre du studio et me suis soudain sentie envahie d'un plaisir casanier.
- Et si tu les revendais à ton bouquiniste ? Suggéra Jorgue passant en coup de vent récupérer une boite de fois-gras ramenée pour lui de ma campagne.
- Mes livres chez le bouquiniste ?
Si je n'avais pas de respect pour les préparations culinaires de mes amis du sud-ouest, je lui aurai volontiers envoyé la boite à la figure. Dire que son contenu va finir dans l'estomac d'une des créatures que fréquente Jorgue !
Mon ami a disparu trop vite pour que je puisse engager avec lui une conversation satisfaisante. Il avait le visage gai et l'air carnassier des grands jours et des nouvelles rencontres.
Des livres tout frais chez le bouquiniste... Quelle idée ! Je vais trouver une place, tapisser mes murs, monter des colonnes de papier. Il y a dans l'avenue des Gobelins un photographe dont le magasin est rempli à tel point (c'est à voir !) qu'il reçoit les clients sur le pas de sa porte ouverte. Non je n'irais pas jusque là. Oh ! Et puis pourquoi y penser ! Là, au chaud avec Ivanhoé et le thé fumant dans ma tasse, le moment et aussi doux que mes préoccupations du jour.
Profitons-en profitons-en !
mh,
10:58 Publié dans La lettre de mh | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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mercredi, 25 mai 2005
Chaud – froid* de mh
Il pleut. Je pourrais dessiner des bonhommes sur la fenêtre en face du fauteuil tellement il y a de buée sur les vitres. Au travers, j’aperçois le ciel gris noir. J’entends le bruit des voitures. Ivanhoé ronronne sur mes genoux. Un carré de chocolat, et des mandarines font parvenir des effluves agréables jusqu’à mon nez à peine bronzé. Je ne vais pas tarder à aller chercher un mug de thé rouge encore chaud dans la théière en forme de crapaud sur la plaque électrique.
- Alors ces vacances ?
- Tu as des nouvelles de Rachel ?
- Oui mais toi tes vacances ? Tu as vu ce temps pourri. Depuis un mois il fait mauvais. Presque depuis que tu es partie… On voit bien que tu reviens de vacances tu as sans arrêt un sourire un peu imbécile sur le visage.
- Ah oui ?
- Tu sais ce que tu es mh, une égoïste. Juste une petite carte en un mois et là tu es muette comme une carpe.
- Qu’est-ce que je suis bien, Jorgue !
- Hein ?
- Tu crois qu’écrire c’est jouer du piano sur le clavier ?
Jorgue pose une main médicale sur mon front et se baisse pour observer mes prunelles.
- Tu n'as pas assez dormi mh.
- Ou j’ai trop mangé de bananes…
- Tu me racontes où je t’assomme ?
- L’eau était transparente et dessous, j’ai vu des poissons de toutes les couleurs, mais mon masque prenait l’eau alors si la mer bougeait un peu, ça me piquait les yeux et je ne voyais plus rien !
Jorgue me regarde et se tait. Il serre sa bouche en cul de poule. Cela ne lui va pas bien.
- Tu es une grande dingue mh.
- T’es jamais content. Je te raconte et tu me dis que je suis folle !
Jorgue s’assied sur le canapé tout mou et consent à boire du thé rouge. Il pousse un soupir. Il lâche d’une voix désespérée :
- Vas-y, je t’écoute.
Comment puis-je, en quelques mots en une dizaine de phrases, avant qu’il ne se lasse ou me traite à nouveau de folle.
- Sur la plage où j’allais avec ma tante, des rochers noirs s’avançaient dans la mer à gauche. Entre les rochers noirs et le sable blanc de la plage il y avait un trou d’eau transparente, comme une piscine. Parfois nous étions presque seules. Juste quelques mères avec leurs touts jeunes enfants. Des pères qui apprenaient à nager à de plus grands. Moi qui me laissais regarder par les poissons avec mon masque jaune qui prenait l’eau et le tuba qui ne tenait pas. Sur la plage, les arbres se penchaient vers l’eau comme pour nous abriter du soleil. Je regrette le hamac que je n’y ai pas accroché…
Jorgue ne fait plus de grimace. Il vient de boire une gorgée de thé rouge. Le mug qu’il serre dans sa main gauche semble y disparaître. Il ne me regarde plus l’air pincé. Ses yeux sont fermés.
- Je t’ennuie ?
- Continues mh et ne m’agace pas.
Je pose Ivanhoé sur le bureau et je vais m’asseoir sur le canapé près de Jorgue.
- C’est vrai tu veux bien, je ne t’agace plus ?
Jorgue pose le mug sur la petite table pliante orange, et prend ma main dans la sienne encore chaude.
- Non mh.
- Je suis contente d’être revenue.
- Tu m’as manqué, dit Jorgue.
Puis il plaque une bise bruyante sur ma joue pâle d’étrange vacancière et se lève comme si ma peau l’avait brûlé.
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*Chaud-froid n. m. Volaille ou gibier cuit, servi froid, nappé d’une sauce à base de gelée. Des chauds-froids. (Hachette)
10:05 Publié dans La lettre de mh | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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